Berlin : Le pari gagnant entre culture urbaine et métiers du numérique.

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Berlin, la culture et le numérique :

 

Berlin : Le pari gagnant entre culture urbaine et métiers du numérique.

Prototype d’un entertainment-city1 basée sur une stratégie culturelle de festivalisation, Berlin est aujourd’hui la nouvelle destination tendance pour l’ensemble des jeunes étudiants européens, amateurs des nouvelles technologies et techniques de créations artistiques. De la chute du mur aux jeunes « net artivistes » du web 2.0, les Berliners ont de quoi participer au paysage culturel de la ville qui ne dort jamais.

Synergie culturelle de deux métropoles

Depuis novembre 1989, date historique de la chute du mur séparant l’idéologie culturelle entre l’Est et l’Ouest, les Berlinois constatent qu’ils possèdent un paysage artistique d’une richesse exceptionnelle.

En effet, pour les deux Berlin, n’ayant eu de cesse de rivaliser entre elles en termes d’équipements et d’événements culturels, le patrimoine culturel de la ville désormais réunifiée est sur-dimensionné pour une ville de 3,4 millions d’habitants. A force de dépenser sans compter et d’édifier de nouveaux établissements culturels prestigieux, les deux États allemands concurrents ont fini par doter Berlin du paysage culturel le plus dense des métropoles européennes et mondiales, avec trois opéras, huit orchestres symphoniques, 40 théâtres subventionnés et une centaine de musées. Les artistes y viennent du monde entier, comme aimantés par la vitalité de cette drôle de ville qui tente de se réinventer un avenir pour oublier un passé trop présent.

De la Love Parade à la festivalisation générale

L’effervescence artistique berlinoise se traduit surtout par une scène « off » en pleine ébullition, avec de nouvelles galeries qui se créent, des clubs underground ou de musique techno qui ouvrent un jour et ferment parfois le lendemain, des compagnies de danse ou de théâtre « off » qui se créent.

Cette effervescence artistique change la donne culturelle et renouvelle également la pratique événementielle qui devient plus festive et ludique, à l’image de la fameuse Love Parade, plus grand défilé de musique et de culture techno du monde, dont la première est lancée en 1989 et qui, dix ans plus tard, réunit plus d’un million de jeunes venus de toute l’Europe.

Par festivalisation de la culture, nous entendons trois aspects :

  • Premièrement, la tendance exponentielle à l’accroissement des festivals. On en compte plus de 400 par an à Berlin, soit plus d’un par jour !

  • Deuxièmement, le fait que la multiplicité des festivals a tendance à inciter les opérateurs culturels à programmer un cycle comme on programme un festival.

  • Troisièmement, qui dit « festivalisation de la culture » dit goût pour l’événementiel qui implique une tendance au zapping culturel et mise en place de modes de fonctionnement adaptés au caractère éphémère des manifestations.

Au final, la festivalisation de la métropole est une stratégie culturelle appliquée au territoire et à la sphère artistique. Il s’agit alors de vendre la combinaison “divertissement, fête et spectacle” aux visiteurs et aux investisseurs. En d’autres termes, étudiants, artistes et entrepreneurs sont devenus clients à travers cette modernisation de la culture qui est considérée comme nouveau pôle attractif de profits économiques, sociologiques et culturels.

Pour ce faire, la ville et les espaces publics doivent également participer à cette mise en scène. Afin de renvoyer l’image d’une « ville-où-il-se-passe-toujours-quelque-chose », les responsables culturels ont tendance à vouloir élaborer une image de « big happening » permanent et d’Entertainment-city comme aux Etats-Unis. Dans cette stratégie, l’espace public est mis à contribution. Certaines places centrales sont transformées en scènes pour des shows ou des performances, afin de donner l’image d’une ville hyper festive, à l’instar de La Berlinale qui se déroule sur la Marlene-Dietrich-Platz, parfaitement configurée pour recevoir les limousines, dont s’extraient les stars, avant de fouler le tapis rouge jusqu’au palais du festival devant un public de fans.

Berlin a su devenir un observatoire privilégié pour analyser la façon dont la vie culturelle s’est progressivement, au cours des deux dernières décennies, « festivalisée », sans pour autant perdre de son authenticité ni de son dynamisme. C’est bien là, la force d’une vraie métropole culturelle : elle arrive à « vendre » sa culture comme une marque tout en restant créative de par la masse critique de créateurs qu’elle réunit en son sein et qui se renouvelle en permanence.

Art Forum : La reconnaissance des artivistes du numérique

Faute de marché de l’art, la ville va inventer une nouvelle forme de salon de l’art contemporain qui correspond bien à son profil de ville de création, c’est l’« art forum » de Berlin, autrement dit une sorte de foire « off » où les galeristes berlinois sont bien représentés et où les clients affluent de toute l’Europe et des États-Unis à la recherche des nouveaux talents. Dix ans plus tard, l’« art forum » de Berlin est bien identifié par les collectionneurs comme le salon où l’on peut dénicher les pépites de l’art contemporain de demain.

Grâce à ces événements et à ses nouveaux festivals comme l’« art forum », la longue nuit des musées ou la Love Parade, Berlin attire de nouveaux publics et promeut de nouvelles pratiques culturelles, plus ludiques que par le passé. La capitale de l’Allemagne accède ainsi au troisième rang des destinations urbaines touristiques d’Europe (derrière Paris et Londre, Rome étant à la quatrième place). Ces festivals jouent également un rôle moteur dans le changement d’image de Berlin, qui apparaît comme une des villes les plus « cool » et branchée d’Europe, bien loin de l’image sérieuse que donnait l’ex-capitale de la Prusse.

Les fameux « créatifs » rejoignent ainsi les créateurs dans la célébration d’une ville qui ne dort jamais et qui invente en permanence. Berlin est, avec Barcelone, la ville d’Europe où il faut être – « the place to be » –, et lorsqu’on y est en tant qu’artiste, il faut le faire savoir. Les fonctions de marchandisation, de publicisation et de « spectacularisation » de la culture se développent beaucoup, et de nouveaux métiers comme les web designers, les graphistes ou les spécialistes du multimedia apparaissent, métiers dont Berlin se fait une spécialité au même titre que Londres ou Montréal et bien davantage que Paris.

À l’image de ces nouveaux métiers créatifs associés de près ou de loin à la sphère culturelle au sens large, de nouveaux festivals sont lancés. Ils mettent l’accent sur le numérique et témoignent parfaitement du changement d’époque. On peut citer dans le domaine des arts numériques (video, musique électronique…) le festival Transmediale, un des plus grands festivals au monde de la culture numérique, avec des expositions et des projections d’artistes travaillant avec la vidéo, la télévision, l’animation par ordinateur, Internet et d’autres supports visuels et les technologies numériques ou le festival Popkomm qui est l’un des plus grands salons de l’industrie musicale. Autant de festivals qui viennent singulièrement bousculer les habitudes festivalières des Berlinois et qui viennent s’ajouter à une offre déjà pléthorique.

 »Le saviez-vous ? » S’ajoute à l’attractivité artistique de la ville une politique intérieur favorisant l’accueil des jeunes européens, avec pour exemple une prime de 100€ versée à tous les étudiants étranger souhaitant réaliser leurs études supérieurs dans la capitale.

Toujours en cohérence avec sa stratégie, Berlin encourage davantage ses étudiants à opter pour les logements communs. Les résidences universitaires étant très demandées (comme pour toutes métropoles), le mode de vie en colocation devient une option tout à fait commune pour un grand nombre d’étudiants. De nombreuses personnes âgées proposent également des chambres gratuites ou peu chères en échange de services à domiciles (strictement encadré par la loi, avec la création d’un barème définissant en nombre d’heures le service minimum à réaliser en fonction de la surface occupée par l’étudiant). Cet encouragement à la cohésion et à la solidarité inter-générationnelle contribue grandement à cette image de ville moderne que souhaite véhiculer Berlin.

Si le terme Net Art regroupe aujourd’hui toutes une série d’œuvres conçues par, pour et avec le réseau Internet, des différences notables sont apparues entre ceux qui utilisent le Web pour produire des œuvres plastiques destinées à être diffusées via le réseau et quasi exclusivement sur écran et d’autres formes qui rompent avec cette configuration habituelle. Avec l’arrivée du Web 2.0 et des réseaux sociaux à la moitié des années 2000, une nouvelle génération d’artistes s’est emparée de ces nouveaux territoires de création et de détournement.

Plus rares et discrets sont ceux qui se sont attelés à explorer les réseaux comme moyen de réinventer les limites et les règles qui régissent l’Internet actuel, d’en montrer la fragilité ou d’accélérer sa dissolution dans la « vie réelle ». Ces derniers ont plutôt tendance à « sortir » de la dualité Web-Ecran, à utiliser les objets connectés ou à en inventer, à travailler sur des nouvelles interfaces hommes-machines, à créer des outils et des plateformes communautaires, ou tout simplement à mettre en place de nouveau réseaux indépendants d’Internet…

Les créateurs de projets utilisent le web comme un média tactique, au service d’interventions qui soulignent l’impact même de ces nouvelles technologies sur notre culture. Détournant ou retournant la technologie contre elle-même, utilisant des stratégies marketing, une nouvelle génération d’artistes subversifs et high-tech crée de nouveaux espaces d’actions publiques.

Le numérique fait la passerelle entre les créateurs

La chance de Berlin c’est finalement, de disposer de vastes et nombreux espaces. Un véritable terrain de jeu pour cette myriade d’acteurs, le plus souvent indépendants et que les technologies numériques rassemblent. Car c’est bien le numérique qui fait le lien entre tous ces salariés et qui a permis de mieux les identifier.

Là encore, c’est l’occasion de visiter un exemple emblématique avec la Beta Haus, espace de coworking créé il y a 2 ans et qui est devenu le plus important de Berlin.

La recette berlinoise est presque classique :

  • Un quartier en devenir : Kreuzberg, là où les étudiants, les artistes et une immigration plus nombreuse ont élu domicile

  • Un lieu désaffecté comme par exemple une manufacture

  • Ajouter un espace de rencontre telle une cantine

  • Lier le tout avec un programme d’animations et d’échanges.

Tous les ingrédients sont donc là… y compris les Chefs ! « C’est en cherchant pour nous un bureau adapté à nos habitudes de travail, un espace connecté, tantôt grand tantôt plus petit, pour travailler à plusieurs ou bien seul, que l’idée de monter la Beta Haus nous est venue » raconte Madeleine Mohl. La Beta Haus est ainsi passé de 200m² à 2000m². Elle accueille en moyenne 50 personnes par jour représentant, tous les mois, une centaine de visiteurs uniques.

Les recettes proviennent de 3 sources : la location, l’événementiel et la restauration. Et il faut savoir rester créatif : ateliers de maquette, accueil spécifique de startups, bourse de contacts pour les emplois… il faut savoir innover pour attirer des utilisateurs, non seulement du quartier, mais y compris des travailleurs de passage voire les touristes, bien entendu. Madeleine est fière de sa réussite créée sans aide publique. Une préoccupation constante dans le milieu de la création, car beaucoup de lieux fonctionnent avec des subventions ou des aides, vite indispensables pour « passer le cap ».

Le Ministère de l’économie suit donc de près la majorité des projets structurants liés à l’économie créative. La Secrétaire d’État poursuit : « il n’y a pas une volonté de piloter mais d’orienter la stratégie du secteur afin de créer des liens entre les acteurs ». Le Ministère conçoit des appels à projets pour faire émerger des projets prometteurs d’une part, et d’autre part, essaye de soutenir le cluster pour le faire reposer sur une base solide de représentants d’entreprises et de formations supérieures. Un Comité de pilotage évite le gaspillage des 1,2 Million de budget fléché et dont l’aide prend la forme d’un prix décerné ou d’un concours de mode dont les gagnants obtiennent une bourse et des formations gratuites.

Aujourd’hui, Berlin apparaît comme étant la capitale de la musique électronique et des arts numériques, alors qu’elle faisait plutôt figure de pôle culturel dans l’art contemporain et les arts vivants dans les années 1990-2000. Force est ainsi de constater la capacité des festivals à modifier l’image de marque culturelle d’une ville en peu de temps, et à attirer à la fois de nouveaux types de touristes et de nouvelles catégories socioprofessionnelles, en l’occurrence ceux que les sociologues appellent les « créatifs ». Berlin conserve donc sa capacité d’innovation qui lui permet de maintenir son rang de métropole créatrice et créative en Europe, et ce dans un contexte de concurrence inter-métropolitaine exacerbée.

1Entertainment-city : Expression anglo-saxonne pouvant être traduit par « Ville de loisirs »

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